Le 9 juin 2026, en commission des Affaires économiques, j’ai interrogé Rodolphe Saadé, président de la CMA-CGM, sur l’avenir du commerce maritime mondial face à la crise dans le détroit d’Ormuz.
Une question de fond sur la solidité de nos routes commerciales
J’ai voulu savoir si la robustesse des routes commerciales était durablement fragilisée, alors que trois mois après le début de la crise l’incertitude se prolongeait. J’ai aussi posé une question plus large : les États-Unis étaient considérés jusqu’ici comme les garants ultimes de la liberté de navigation, en particulier au Moyen-Orient. Quels enseignements tirer de leur impuissance à dénouer cette crise, et faut-il s’attendre à des changements durables dans le tracé des grandes routes maritimes ?
La réponse de Rodolphe Saadé
Sa réponse a été claire. Selon lui, « on ne peut plus être tributaire du détroit d’Ormuz » et il faut trouver des alternatives, car même si une solution de paix intervenait dans les prochaines semaines, personne n’est à l’abri d’une nouvelle crise. Le groupe propose déjà à ses clients des solutions terrestres à partir d’un port situé en amont du détroit, comme il le fait pour la mer Rouge en passant par Jeddah. Il ne parie pas sur un retour à la normale.
Rodolphe Saadé a replacé cette crise dans un tableau plus vaste, celui d’un monde qui compte plus de cent vingt crises, du Moyen-Orient jusqu’à Cuba, où la CMA-CGM a suspendu sa desserte à la suite des décisions de l’administration Trump. Sa conclusion tient en une idée « il faut s’adapter à toutes ces crises ».
Une audition qui compte pour Marseille
Si j’ai tenu à poser ces questions, c’est parce que l’avenir du transport maritime engage très directement notre territoire. Quand la première compagnie maritime française repense ses routes, ce sont l’activité de notre port et des milliers d’emplois qui sont en jeu. Mon rôle de député est de veiller à ce que ces bouleversements soient anticipés, et que Marseille en sorte renforcée plutôt que fragilisée.